LES OS DES FILLES DE LINE PAPIN

Publié le 17 / 09 / 2019


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Impossible de quitter l'écriture magnétique de ce roman coup de poing qui vous prend aux tripes avec une force inouïe. Des filles et des os qui nous touchent en plein dans le cœur. 



Parmi mes dernières découvertes littéraires de la rentrée, je ne suis pas prête d'oublier le dernier livre de Line Papin, Les Os des Filles chez Stock. Coup de foudre absolu et définitif pour ce récit largement autobiographique, comme l'auteure ne s'en cache pas, qui s'immisce et s'infiltre dans nos pupilles et nos neurones à la manière d'un philtre puissant et envoûtant. Mené tambour battant dans un style hypnotique à plusieurs voix, voici un roman fort amer mais plein d'amour sur autant de sujets qui nous touchent et percutent : l'histoire familiale, le poids de la mémoire transgénérationnelle, l'insouciance de l'enfance, la folie de l'anorexie, la perte d'identité coincée entre deux pays que tout oppose...

Ce roman court et violent qui se lit d'une traite et se quitte vraiment à regret, retrace l'histoire douloureuse de trois destins de femmes malmenées par la guerre, la famine, l'exil, la maladie. Ba, la grand-mère vietnamienne, tente de survivre comme elle peut dans un pays ravagé par la seconde guerre d'Indochine. Line, la narratrice, est la petite-fille qui porte à l'intérieur de son corps rongé par l'anorexie des bombes sifflantes, des silences déchirants, des blessures inaudibles. Entre ces trois générations de femmes, se tisse et se noue une histoire qui ressemble comme une sœur jumelle à la vraie vie. La vie des autres, d'ici et d'ailleurs. Les Os des Filles rend en effet un magnifique hommage à la ville de Hanoi, à la vie qui s'y faufile et s'y presse, dans la joie, les rires des enfants et sous l'eau d'une généreuse abondance. Un tableau saisissant et terriblement vivant du quotidien tel qu'il existe dans ces grandes capitales de l'Asie du Sud-Est.

Née d'une mère vietnamienne et d'un père français, la narratrice porte sur son dos (qu'elle a fort maigre) une double-culture collante qui l'empêche presque de respirer le jour où ses parents décident de quitter la trépidante Hanoi pour un retour en France non désiré. Lentement, désespérément, inexorablement, la petite fille arrachée à son Hanoi préférée laisse son corps hurler, maigrir, se ratatiner. Privé de nourritures terrestres, ce corps amaigri crie et décrit comme rarement la détresse, le mal être, le désespoir adolescent. 

Un de ces petits livres précieux comme des trésors, à partager et à semer partout autour de soi.